C'est urgent, docteur

Publié le par doc-ally

Depuis peu, me voilà revenue en stage hospitalier. Avec, j'ai de nouveau droit aux gardes hospitalières et aux urgences.

 

Je ne suis pas réellement fan des gardes aux urgences, je ne sais pas réagir quand il y a THE urgence, je ne sais réfléchir qu'avec un peu de temps et de calme. Mais avec un peu plus d'expérience maintenant, je m'y sens à l'aise. Surtout, c'est ce qui se rapproche le plus de la médecine générale dans le cadre de l'hôpital.

 

Par contre, je deviens davantage intolérante. Oui, c'est le mot. J'ai passé six mois à gérer consciencieusement chaque envoi à un spécialiste. En zone rurale, où les délais de spécialistes sont l'ordre de 2 à 6 mois, j'étais bien contente quand je pouvais obtenir pour un de mes patients un rendez-vous en urgence. Donc en contrepartie, je faisais mon possible pour leur épargner ce que je pouvais gérer moi-même.

 

Quant aux urgences, lorsqu'on leur adressait un patient, il était coutumier de leur passer un coup de fil avant et de négocier.

 

Là, de retour aux urgences, dans un autre département, ce que je constate me stupéfie. Je n'arrive plus à rester sereine quand je vois un patient qui n'a clairement pas sa place ici. Moi qui dans mes premières années ne comprenait pas pourquoi mes chefs ralaient à ces moments-là, maintenant je comprends.

 

Quelques exemples.

 

Des parents m'amènent leur gamin pour une otite douloureuse traînant depuis ce matin, qui n'a pas eu un seul doliprane pour calmer sa douleur alors qu'il y en a à la maison. Quand je leur demande pour quelle raison ils n'ont pas pu lui en donner.

"Vous comprenez, on est venus directement de son entraînement de foot."

Un entraînement de foot... Le garçon a d'ailleurs tellement mal, qu'il dort paisiblement à minuit. Les parents excédés par le temps d'attente, n'ont pas arrêté de râler auprès des infirmières, alors que je m'occupais d'un cas bien plus grave. Bizarrement, ces gens-là ont toujours le courage de râler auprès de tout le personnel soignant qu'ils peuvent croiser, mais jamais auprès du médecin. Un doliprane, ce garçon aurait pu dormir dans son lit, et il aurait vu son médecin traitant le lendemain matin. 

 

Même nuit, je venais à peine de m'endormir à 5 heures du matin. Mon téléphone sonne.

Une dame venant pour une entorse de cheville. Pourquoi pas ? Elle commence à m'expliquer comment elle a pu se faire mal. En ouvrant le dossier, je retrouve des ordonnances d'un médecin, datant de la veille : antalgiques, radio. La situation commence à s'éclaircir. D'un ton innocent, je lui demande pourquoi elle ne dormait pas à cette heure-ci. 

"Mais docteur, c'était hier matin que je me suis fait mal."

Je sors les ordonnances qu'elle avait laissées à l'accueil : "Et vous avez déjà vu un médecin hier ?"

"Oui, mais vous comprenez, le médecin a prescrit une radio et je ne pouvais venir qu'à cette heure-là."

C'est ça, exit le service d'urgences, maintenant, c'est services de radiologie 24h sur 24. Autant dire qu'avec la bénédiction de mon chef, je lui ai demandé de reprendre un rendez-vous aux heures ouvrables.

 

Voilà, 100 euros environ le passage aux urgences, sans radio ou prise de sang.

 

On se plaint que les urgences sont débordées, le trou de la Sécu et tout. Pourquoi rien n'est-il fait pour refuser les patients qui n'ont visiblement pas leur place ici ?

C'est finalement facile : un service d'accueil médical 24h sur 24 sans rdv, prises de sang et radios à volonté, personne n'est refusé et aucun frais à avancer.

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Aluthiel 22/04/2013 18:54


Et après on s'etonne de l'attente parfois interminable aux Urgences... y'a pas à réfléchir longtemps pour se dire que si tout le monde va aux urgences quand il a un pet de travers, l'attente sera
forcément longue.. c'est mathématique...


Sans compter ceux qui râlent quand ils voient des cas plus grave passer avant eux ! Pourquoi ce gars avec une hache en travers de la tête passerait avant mon mal de gorge qui m'embete depuis 10
minutes ? J'exagère mais on n'en est pas loin..