Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 12:23

Depuis peu, me voilà revenue en stage hospitalier. Avec, j'ai de nouveau droit aux gardes hospitalières et aux urgences.

 

Je ne suis pas réellement fan des gardes aux urgences, je ne sais pas réagir quand il y a THE urgence, je ne sais réfléchir qu'avec un peu de temps et de calme. Mais avec un peu plus d'expérience maintenant, je m'y sens à l'aise. Surtout, c'est ce qui se rapproche le plus de la médecine générale dans le cadre de l'hôpital.

 

Par contre, je deviens davantage intolérante. Oui, c'est le mot. J'ai passé six mois à gérer consciencieusement chaque envoi à un spécialiste. En zone rurale, où les délais de spécialistes sont l'ordre de 2 à 6 mois, j'étais bien contente quand je pouvais obtenir pour un de mes patients un rendez-vous en urgence. Donc en contrepartie, je faisais mon possible pour leur épargner ce que je pouvais gérer moi-même.

 

Quant aux urgences, lorsqu'on leur adressait un patient, il était coutumier de leur passer un coup de fil avant et de négocier.

 

Là, de retour aux urgences, dans un autre département, ce que je constate me stupéfie. Je n'arrive plus à rester sereine quand je vois un patient qui n'a clairement pas sa place ici. Moi qui dans mes premières années ne comprenait pas pourquoi mes chefs ralaient à ces moments-là, maintenant je comprends.

 

Quelques exemples.

 

Des parents m'amènent leur gamin pour une otite douloureuse traînant depuis ce matin, qui n'a pas eu un seul doliprane pour calmer sa douleur alors qu'il y en a à la maison. Quand je leur demande pour quelle raison ils n'ont pas pu lui en donner.

"Vous comprenez, on est venus directement de son entraînement de foot."

Un entraînement de foot... Le garçon a d'ailleurs tellement mal, qu'il dort paisiblement à minuit. Les parents excédés par le temps d'attente, n'ont pas arrêté de râler auprès des infirmières, alors que je m'occupais d'un cas bien plus grave. Bizarrement, ces gens-là ont toujours le courage de râler auprès de tout le personnel soignant qu'ils peuvent croiser, mais jamais auprès du médecin. Un doliprane, ce garçon aurait pu dormir dans son lit, et il aurait vu son médecin traitant le lendemain matin. 

 

Même nuit, je venais à peine de m'endormir à 5 heures du matin. Mon téléphone sonne.

Une dame venant pour une entorse de cheville. Pourquoi pas ? Elle commence à m'expliquer comment elle a pu se faire mal. En ouvrant le dossier, je retrouve des ordonnances d'un médecin, datant de la veille : antalgiques, radio. La situation commence à s'éclaircir. D'un ton innocent, je lui demande pourquoi elle ne dormait pas à cette heure-ci. 

"Mais docteur, c'était hier matin que je me suis fait mal."

Je sors les ordonnances qu'elle avait laissées à l'accueil : "Et vous avez déjà vu un médecin hier ?"

"Oui, mais vous comprenez, le médecin a prescrit une radio et je ne pouvais venir qu'à cette heure-là."

C'est ça, exit le service d'urgences, maintenant, c'est services de radiologie 24h sur 24. Autant dire qu'avec la bénédiction de mon chef, je lui ai demandé de reprendre un rendez-vous aux heures ouvrables.

 

Voilà, 100 euros environ le passage aux urgences, sans radio ou prise de sang.

 

On se plaint que les urgences sont débordées, le trou de la Sécu et tout. Pourquoi rien n'est-il fait pour refuser les patients qui n'ont visiblement pas leur place ici ?

C'est finalement facile : un service d'accueil médical 24h sur 24 sans rdv, prises de sang et radios à volonté, personne n'est refusé et aucun frais à avancer.

Par doc-ally
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 17:52

Je suis actuellement un stage d'autonomie en médecine générale. En clair, quelques jours par semaine, c'est moi qui effectue les consultations à la place d'un vrai médecin généraliste. Et me voilà plongée en plein dans le vaste univers de la médecine générale ! Depuis le temps que je l'effleure, que j'y pense, que je souhaite en faire partie, j'ai à peine l'impression de voir l'ampleur de la tâche. Il y a des choses qui me plaisent, d'autres qui m'énervent, et encore d'autres qui me surprennent.

 

Petit à petit, les exemples se sont accumulés. La vie est-elle si médicalisée ?

 

J'ai eu peu de contacts avec la médecine. Les maladies infectieuses bénignes, les vaccins et un gros problème de santé qui m'a valu un suivi pendant plusieurs années par des spécialistes. Rien qui ne pouvait me faire penser que tout dans nos vies pouvait être médicalisé.

 

Qu'ai-je vu dans mes consultations ? Le moindre rhume, tous les problèmes liés au travail (de la tendinite, le conflit avec l'employeur, les demandes d'arrêt de travail à répétition sans cause médicale...), les problèmes conjugaux... Et ce n'est pas forcément présenté clairement, caché derrière des plaintes médicales bidons. A tout ça, le médecin doit avoir une solution. Les patients trouvent ça tellement évident.

 

Je ne parle pas de la médicalisation de la vie sexuelle. Pour une contraception, à même pas 20 ans, examen gynéco et frottis à répétition sont souvent difficiles à éviter. La ménopause doit être confirmée par un bilan biologique.

 

Le certificat médical, quant à lui, est indispensable à une activité sportive, que ce soit de la pétanque, du yoga. Véridique ! C'est tellement risible que j'ai envie de marquer des bêtises sur ces certificats. La prochaine fois que je fais un ping-pong avec des amis, il faudra que je pense à demander l'autorisation à mon médecin avant.

 

C'est tout un versant de mon futur travail que je n'avais jamais envisagé, je ne suis pas sûre que ça me plaise.

 

 

Par doc-ally
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 10:49

M. 17 ans, vient me voir pour une asthénie. J'avais déjà vu cette jeune fille, peu de temps avant, pour une anxiété. Un joli brin de fille qui me semble très perfectionniste et s'écoutant beaucoup. L'angoisse et le lycée, en tout cas, cela va mieux, même si c'est pas parfait, me dit-elle. Mais cette fatigue depuis quelques jours, ça commence à l'inquiéter sérieusement.

 

Bingo ! Fièvre et angine virale. Je peux la rassurer. La consultation se finit.

 

Je demande donc au père de me régler les 23 euros.

 

"23 euros, c'est pas donné !" 

 

Je crois sincèrement n'être pas intéressé par l'argent. J'ai été élevée dans un milieu où gagner un peu plus que le SMIC et avoir la sécurité de l'emploi, c'est déjà très bien.

 

Mais mince, on fait neuf ans d'étude. Je connais les tarifs des électriciens, plombiers, les notaires, les avocats, les dépassements d'honoraires de certains de mes confrères, le prix de la vie en général. 23 euros, c'est quoi ? 3 places de cinéma ? Trois McDos ? Quelques verres dans un bar ? Un T-shirt sympa ?

 

J'ai assez mal vécu qu'on me dévalorise ainsi. Je trouve déjà injuste de gagner 120 euros pour 16h de garde, d'effectuer toute une journée de consultations et après reverser toutes mes recettes à mon maître de stage.

 

Tout ce que j'ai pu répondre sur un ton sec malgré moi : "Effectivement, pour neuf années d'étude, ce n'est pas donné !"

Par doc-ally
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 19:08

T, 25 ans, l'air plutôt cool, est entré dans mon bureau de consultations.

J'ai toujours deux-trois phrases bateaux pour commencer : "Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?", "Qu'est-ce qui vous amène ?"... Bref, là, il lui fallait un certificat de soins.

 

Du haut de ma toute jeune expérience, c'était bien un motif que je n'avais jamais rencontré.

 

"Un certificat de soins ?" j'ai redemandé totalement perplexe.

 

Et voilà, qu'il me donne un courrier apparemment d'un organisme de suivi judiciaire, où lui est demandé de fournir toute une liste de papiers : du fameux certificat de soins, au justificatif de logement, d'inscription à Pôle emploi.

 

Il m'explique qu'il est repris de justice. Je n'ai pas voulu lui demander pour quelle raison il avait été condamné, pensant que ça ne me regardait pas. En tout cas, je n'étais pas beaucoup plus éclairée sur mon rôle dans toute cette affaire. C'était la première fois qu'il venait me consulter moi ou mon maître de stage.

 

"Et je suis censée vous suivre pour quoi, au juste ?"

 

Consommation de cannabis, apparemment.

S'en est suivie une consultation sans aucune logique, où mon but était le sevrage en cannabis, alors que le patient n'avait absolument aucune, mais aucune motivation ! Facile, le suivi médical.

 

Puis, qui me dit que je suis réellement censée le suivre pour cette raison ? Aucun courrier, aucune information de la part de l'organisme judiciaire. Et l'on ne connait pas ce patient, qui débarque de nulle part. Peut-être fait-il le tour des médecins pour obtenir le certificat demandé.

 

Je m'en suis tirée en lui concoctant un certificat médical indiquant que je l'avais bien vu en consultation ce jour-là. Point.

 

Cette histoire m'est restée en tête un bon moment. Je comprends un peu mieux les actualités où l'on parle de récidivistes, qui avaient pourtant un suivi médical ! Bien, tout est plus clair. Un suivi médical où on nous bombarde un patient, sans aucune information, aucun objectif, c'est de l'inefficacité totale. C'est surtout se décharger d'une certaine responsabilité et pouvoir dire : "Mais attendez, il avait un suivi médical !".

 

Apparemment, il a repris rendez-vous pour le mois prochain. Je vais essayer de lui redemander le courrier, voir si je trouve un numéro de téléphone où mieux me renseigner sur mon rôle.

 

 

Par Doc Ally
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Partager

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus